Activité des instituts de beauté : des entreprises confrontées à l’évolution des attentes de la clientèle

LU POUR VOUS : « Esthétique : évolutions des attentes de la clientèle et impacts sur les métiers et les compétences 2026« , OPCO EP, avril 2026

Cette étude, réalisée par l’OPCO EP, analyse les évolutions des attentes de la clientèle des instituts de beauté et leurs conséquences sur les métiers et les compétences des salariés. Elle s’appuie sur une enquête menée auprès de 1 500 Français, de 214 entreprises de la branche (soit un échantillon limité par rapport aux 17 100 établissements actifs) ainsi que sur des données de l’OPCO EP. À noter que l’enquête auprès de la clientèle présente une surreprésentation des personnes de plus de 65 ans.

=> Une branche majoritairement composée de petites entreprises

La branche de l’esthétique regroupe plusieurs activités : relèvent de cette branche principalement des établissements relevant du code APE 9602B – Soins de beauté (68 % des établissements), du commerce de détail de parfumerie et de produits de beauté en magasin spécialisé (15 %) et des activités d’entretien corporel (11 %).

Le secteur est composé majoritairement de petites structures : 66 % des établissements emploient moins de 11 salariés et représentent près des deux tiers du chiffre d’affaires du secteur. Si les soins de beauté concentrent la majorité des établissements, ils ne représentent que 54 % des salariés affiliés, contre 27 % pour les activités de commerce.

Quatre entreprises sur cinq sont indépendantes, les autres appartenant à un réseau, majoritairement de franchise.

Ces dernières années, les formes d’exercice du métier se sont diversifiées avec le développement des soins à domicile. L’esthétique à domicile -exercée à 89% par des micro-entrepreneurs- concurrence ainsi depuis plusieurs années l’activité des salons. On constate également l’émergence d’une pratique hybride, notamment en zone périurbaine ou rurale. : l’accueil de clients au domicile des professionnels (avec aménagement d’un espace professionnel au sein de l’habitation).

=> Un environnement professionnel impacté par les usages numériques

L’essor de la communication numérique a donné une meilleure visibilité à la profession :

  • Essor de la prise de rendez-vous en ligne
  • Influence des réseaux sociaux dans le développement de tendances « beauté & bien-être »

L’activité de l’esthétique est touchée par le déploiement des usages de l’IA, avec des usages émergents en matière de diagnostic et de conseil personnalisé. Selon l’enquête menée, 7% des entreprises proposent actuellement de telles prestations. Les consommateurs et clients potentiels en paraissent friands : « 37 % des répondants ont déjà bénéficié d’un diagnostic de peau ou de conseils en maquillage formulés à l’aide de l’intelligence artificielle en institut de beauté ou en spa, et 24 %, soit les deux tiers, en ont été convaincus ». …

=> Une clientèle qui s’élargit mais davantage contrainte par son budget ces trois dernières années

Le cœur de la clientèle des instituts de beauté est la clientèle âgée entre 26 et 45 ans. Les jeunes de moins de 25 ans restent également de grands consommateurs de prestations, malgré un budget plus limité et un recours plus fréquent aux pratiques de « faire soi-même » (1 consommateur sur 4).

Les soins du visage constituent la prestation la plus répandue : 77 % des clients déclarent y avoir recours et 88 % des instituts les proposent. Les soins des ongles occupent également une place importante (59% et 80%).

Avec la montée en puissance de l’économie du bien-être, de nouveaux profils de clientèle apparaissent : femmes enceintes, seniors, adolescents, peaux noires et métisses, hommes, enfants…

Toutefois, l’activité est sensible à la conjoncture économique : au cours des trois dernières années, 29 % des répondants indiquent avoir réduit leur fréquentation des instituts, principalement pour des raisons budgétaires (70 % des cas). La hausse des prix des prestations, constatée par près d’un répondant sur deux, conduit une partie de la clientèle à espacer ses soins (29%) ou à les réaliser elle-même (26%).

=> Une diversification des activités et un recours croissant aux nouvelles technologies

Concernant l’offre de prestations esthétiques, plusieurs tendances de fonds ont été mises en avant par l’enquête auprès des consommateurs :

  • une demande de bien-être et de service personnalisé, de « sur-mesure »
  • une exigence d’hygiène et de rassurance quant aux produits et technologies utilisées
  • intérêt pour les produits de soins bio ou naturels, made in France et pour la cosméceutique (produits souvent issus de la dermatologie).

Les entreprises de la branche proposent une offre de services diversifiée, même si les activités traditionnelles (épilations cire, soins du corps et du visage) représentent la moitié du chiffre d’affaires. Les prestations spécialisées de développent comme le stylisme ongulaire, les soins de spa, de massage, ou celles utilisant des technologies et des appareils spécifiques (comme l’épilation à la lumière pulsée ouverte à la profession par un décret de mai 2024). Ces activités représentent déjà 15 % du Chiffre d’affaires et près des deux-tiers des entreprises (63%) les proposent.

Ces pratiques sont à la charnière du monde médical (notamment de la médecine esthétique, qui peut également les proposer). D’autres prestations spécifiques se développent sur ce segment comme les techniques de l’hydrofacial, du peeling, de la radiofréquence ou du laser fractionnel.

Une autre tendance, celle du bien-être holistique, rapproche l’activité esthétique de celle des soins thérapeutiques : au-delà de prestations axées sur l’apparence, certains clients sont en effet en recherche d’une transformation globale, à la fois physique, mentale et émotionnelle. Cette approche conduit à proposer de nouvelles prestations complémentaires comme la réflexologie plantaire ou la lithothérapie.

Un dernier segment de marché concerne la socio-esthétique, vers des publics éloignés des instituts comme les personnes malades, les pensionnaires des EPAHD ou en centres de réinsertion sociale. Outre les compétences techniques, les professionnels doivent disposer de capacités d’écoute, l’objectif étant de restaurer l’estime de soi des personnes, en complémentarité aux parcours de soin.

Globalement, dans les prochaines années, un tiers des établissements envisage de spécialiser davantage son activité, tandis qu’un autre tiers souhaite se diversifier. 30% veulent investir dans de nouveaux équipements technologiques et 25% moderniser leur établissement. À noter que 13 % des établissements prévoient d’ouvrir un nouvel établissement.

=> Recours à la formation

L’évolution des attentes de la clientèle conduit les professionnels à renforcer certaines compétences. Ainsi, 40 % déclarent souhaiter développer, dans les trois prochaines années, la maîtrise des nouvelles tendances du secteur, 37 % l’utilisation de dispositifs et équipements spécifiques, et 30 % les techniques de diagnostic numérique.

Les compétences relationnelles restent essentielles : 79 % des entreprises estiment nécessaire de développer l’écoute et la prise en compte des attentes des clients dans les trois prochaines années, et 75 % le développement d’une relation personnalisée avec la clientèle.

L’intelligence artificielle n’apparaît pas encore comme une priorité majeure, même si un tiers des professionnels considère qu’il sera nécessaire de développer ces compétences à l’avenir.

Pour répondre à ces besoins, les entreprises privilégient principalement les formations internes (60%), les formations externes (52%) ainsi que les formations proposées par les marques partenaires (46%). L’auto-formation reste minoritaire (18 %). Deux tiers des professionnels estiment que l’offre de formation actuelle répond globalement à leurs besoins.

=> L’Alternance : principale voie d’accès à la profession

Près de 9 500 contrats d’alternance ont démarré en 2024 dans les établissements de la branche, en hausse de 2 % par rapport à l’année précédente. Les alternants sont très majoritairement des femmes (97 %) et près des trois quarts ont 20 ans ou moins.

L’alternance s’effectue principalement dans des entreprises de moins de 11 salariés (93 %). Le CAP Esthétique Cosmétique Parfumerie concentre à lui seul plus de 4 000 alternants, devant le BP et le BTS de la spécialité.

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Article rédigé par Svend Candil-Petersen, Institut Supérieur des Métiers

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