Quelles conditions de travail en contrat d’apprentissage ?

La quasi-totalité des apprentis sont satisfaits de leur expérience au travail, malgré une charge horaire lourde et une forte exposition à la pénibilité

LU POUR VOUS
« Quelles conditions de travail en contrat d’apprentissage ?« , DARES ANALYSES n°25, Juin 2026

Méthodologie
Les résultats présentés dans cette étude s’appuient sur l’enquête ORIPA (Orientation et Parcours en Apprentissage), réalisée conjointement par la Dares, la Depp et le Sies.
Les résultats sont un peu datés : la collecte a en effet été menée par voie téléphonique en deux vagues d’interrogation, la première entre avril et juillet 2019 et la seconde entre mai et juillet 2020, auprès de personnes ayant initié pour la première fois un contrat d’apprentissage à la rentrée scolaire de 2018, et préparant une formation de niveau compris entre le CAP et le BAC+2. Plus de 8 000 individus ont répondu aux deux vagues de l’enquête. L’étude ne porte que sur les personnes en apprentissage deux années scolaires complètes successives. L’enquête vise à mieux comprendre les parcours des jeunes vers l’apprentissage, leurs motivations, leurs difficultés d’accès à un contrat ainsi que leurs conditions de formation et de travail.

Les conditions de travail des apprentis sont comparées à celles des jeunes salariés de moins de 30 ans qui ne sont pas en apprentissage et qui détiennent un diplôme d’un niveau CAP à bac +2. Pour ces derniers, les données sont issues de l’édition 2019 de l’enquête Conditions de travail de la Dares.

Les conditions de travail des apprentis sont évaluées à travers deux dimensions :
– les contraintes horaires (travail tôt le matin, tard le soir, le samedi ou le dimanche)
– la pénibilité physique (exposition aux fumées ou poussières, au bruit, aux fortes ou basses températures).
L’étude mesure le nombre de contraintes ou de facteurs de pénibilité auxquels les apprentis sont exposés, en distinguant l’exposition occasionnelle de l’exposition régulière afin d’apprécier plus précisément l’intensité des conditions de travail.

Charge de travail : 67% des apprentis font des heures supplémentaires

Les apprentis sont soumis à la durée légale de 35 heures de travail par semaine, incluant le temps passé en CFA. Les apprentis majeurs peuvent effectuer des heures supplémentaires dans la limite de 48 heures hebdomadaires, ils peuvent travailler de nuit, dans les mêmes conditions que les autres salariés, ainsi que travailler le dimanche – dans le respect des six jours maximum de travail par semaine et des 35 heures consécutives de repos hebdomadaire.

Pour les apprentis mineurs, le recours aux heures supplémentaires doit demeurer exceptionnel et nécessite notamment l’autorisation de l’inspection du travail ainsi que l’avis du médecin du travail. Les conditions d’application de ces règles peuvent varier selon les secteurs d’activité, avec des dérogations, notamment dans le bâtiment, l’hôtellerie-restauration ou la boulangerie-pâtisserie.

Selon l’enquête, 67% des apprentis interrogés réalisent des heures supplémentaires ponctuellement (39%) ou régulièrement (28%). Plusieurs secteurs d’activités voient ce pourcentage plus élevées que la moyenne : l’agriculture et l’aménagement paysager (74%), les métiers de bouche (71%) ainsi que le bâtiment et l’artisanat (75%), les services aux particuliers (70%).

Cette charge de travail est inférieure à celle des salariés de moins de 30 ans, dont 75% assurent des heures supplémentaires. Cependant, les apprentis sont plus nombreux à en effectuer régulièrement et bénéficient moins systématiquement d’une compensation (58% pour les apprentis contre 64% des salariés de moins de 30 ans). C’est au niveau des métiers de bouche que cette compensation est la moins systématique (53%).

Cette charge de travail paraît néanmoins acceptée par les apprentis : 76% déclarent souhaiter faire ces heures (85% lorsque les heures sont compensées).

Des horaires atypiques : 47% des apprentis travaillent les samedis

Parmi les horaires atypiques, travailler le samedi est le plus fréquent : près de la moitié des apprentis (47%) travaillent régulièrement ou ponctuellement le samedi.19% travaillent régulièrement ou ponctuellement le dimanche. 31% des apprentis travaillent le matin tôt (avant 7 heures) et 25 % le soir (après 20 heures). 18% des apprentis cumulent trois ou quatre de ces contraintes.

Les salariés de moins de 30 ans sont en peu plus touchés par ces horaires atypiques : 53% travaillent les samedis, 30% les dimanches.

Les métiers de bouche et les services aux particuliers sont les plus exposés à ces horaires décalés.
Les apprentis des métiers de bouche (cuisiniers, boulangers, pâtissiers notamment) sont plus nombreux à réaliser ces différents horaires atypiques que la moyenne.
– 74% travaillent le samedi (65% de façon régulière vs 36% pour l’ensemble des apprentis)
– 45% travaillent le dimanche (un tiers de façon régulière vs 11%)
– 55% le matin tôt, avant 7 heures (41% régulièrement vs 15%)
– 32% tard le soir, après 20 heures (21% régulièrement contre 11%).

Les apprentis des services aux particuliers (coiffeurs, serveurs ou préparateurs en pharmacie entre autres) sont plus nombreux à cumuler jusqu’à deux types d’horaires atypiques (63% contre 47% sur l’ensemble). Ils sont plus nombreux à travailler le samedi (78% dont 67% de façon régulière) et le soir tard (37% dont 22% régulièrement).

Par ailleurs, 29% des apprentis sont soumis à  des horaires irréguliers.


Huit apprentis sur dix soumis à de la pénibilité physique

Les apprentis sont interrogés sur quatre facteurs de pénibilité physique : l’exposition à des fumées/poussières, au bruit, à des températures élevées ou à des températures basses : 84% sont exposés à au moins un facteur de risque de manière régulière ou ponctuelle et 44% de manière régulière exclusivement. Les pénibilités les plus fréquentes concernent l’exposition à des fumées ou poussières et les températures élevées ou basses.

L’enquête ne prend pas en compte certains facteurs de pénibilité physique, tels que les postures contraignantes, le port de charges lourdes ou encore les gestes répétitifs et les mouvements pénibles.

Les apprentis du secteur du bâtiment sont les plus exposés à ces contraintes : 94% d’entre eux sont soumis à ces pénibilités régulièrement ou ponctuellement et six apprentis sur dix de manière régulière exclusivement. La moitié de ces apprentis respirent de la fumée ou de la poussière de manière régulière (28% dans l’ensemble). Un quart sont soumis aux aléas des températures basses ou élevées, liées au travail en extérieur.

Dans le domaine des métiers de bouche, 60% sont exposés régulièrement à au moins un facteur de pénibilité physique. La chaleur des fours ainsi que le bruit des machines ont un réel impact sur le quotidien des apprentis : 35 % sont exposés aux températures élevées de façon régulière et 22% au bruit.

L’enquête montre que l’exposition des apprentis à de la pénibilité physique est plus élevée quand ils travaillent dans des petites (moins de 10 salariés), qui peuvent être inégalement dotées en équipements de protection : 46% des apprentis sont exposés régulièrement à des facteurs de pénibilité physique, contre 33% des apprentis se formant dans des entreprises de 250 salariés ou plus.

96% des apprentis sont satisfaits de leur expérience au travail

Malgré ces conditions, 96% des jeunes s’estiment satisfaits de leur expérience au travail à l’issue de leur parcours et  87% des apprentis s’estiment satisfaits de leur bien-être physique au travail. L’acceptation de la pénibilité peut être considérée comme une condition pour s’insérer dans l’entreprise, et à plus long terme dans le métier envisagé. Celle-ci devient alors une norme.

76% des apprentis préfèrent d’ailleurs les périodes en entreprise plutôt que les périodes en formation au CFA.

Malgré ce satisfecit, 45% des apprentis ne souhaitent pas être embauchés à la fin de l’apprentissage dont 18% car ils vont changer d’orientation [pour les autres, il peut s’agir d’un projet de poursuite de formation ou de changement d’employeur] . Ce taux est toutefois plus faible pour le secteur du bâtiment et l’artisanat (34%).

Opinion vis-à-vis de l’apprentissage selon la spécialité préparée

EnsembleBâtiment, artisanatMétiers de boucheServices aux particuliers
Préférence pour les périodes en entreprise79%86%80%76%
Je suis traité comme les autres salariés au travail (tout à fait d’accord avec cette affirmation)64%63%65%62%
Ne souhaitent pas être embauché à la fin de l’apprentissage45%34%48%46%
Dont : ne le souhaite pas pour changer de métier et/ou d’orientation18%19%17%13%
Contradictions entre ce qui est appris en entreprise et en CFA38%45%41%36%
Dont : du point de vue de la sécurité42%59%46%30%
Dont : du point de vue de l’hygiène36%44%50%45%
L’alternance demande beaucoup d’efforts pour s’organiser34%30%32%45%
L’alternance empêche de bien préparer les cours ou les devoirs pour la formation en CFA22%19%22%27%
Pour préparer vos examens ou évaluation, on ne vous permet pas de venir plus tard au travail ou partir plus tôt69%69%67%75%
Champ : primo-entrants en apprentissage à la rentrée scolaire 2018, pour préparer une formation d’un niveau CAP à bac+2, et toujours en contrat durant l’année scolaire suivante 2019-2020.
Source : enquête Oripa (vague 1 et 2), Dares.

L’apprentissage demeure une voie d’excellence vers l’emploi, malgré des conditions de travail parfois exigeantes. Les résultats de l’enquête ORIPA soulignent toutefois l’importance d’une attention particulière portée aux conditions de travail, notamment dans les petites entreprises où se forme une grande partie des apprentis.

« Quelles conditions de travail en contrat d’apprentissage ?« , DARES ANALYSES n°25, Juin 2026

Retrouver d’autres articles sur le blog « Articles et analyses sur l’entrepreneuriat »

Article rédigé par Mylène Reboul-Salze, Institut Supérieur des Métiers