L’étude réalisée par Odoxa pour FCE (Femmes chefs d’Entreprise) France met en évidence les mécanismes bien connus et persistants qui ralentissent les trajectoires professionnelles féminines : un accès limité aux postes de responsabilité, une prise de risque plus contenue, une moindre confiance en soi et une charge disproportionnée de « glue work », ces tâches invisibles mais indispensables au fonctionnement des organisations.
L’étude montre également que les inégalités professionnelles ne relèvent pas uniquement de choix individuels et s’inscrivent dans des normes éducatives, des pratiques managériales et des organisations du travail encore inégalitaires.
L’étude repose sur une enquête menée en ligne du 27 août au 4 septembre 2025 auprès d’un échantillon de 2 010 personnes représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus. L’échantillon est composé de 1 053 femmes et 957 hommes, sélectionnés selon la méthode des quotas (sexe, âge, profession), après stratification par région et taille d’agglomération. Cette méthodologie garantit la robustesse des enseignements et permet d’analyser finement les écarts entre femmes et hommes, ainsi que certaines différences générationnelles.
=>L’enquête confirme le moindre accès des femmes aux postes de responsabilité
- 24 % des femmes déclarent encadrer une équipe, contre 37 % des hommes.
- Seules 10 % siègent dans un comité de direction ou exécutif, contre 17 % des hommes.
Ces écarts traduisent la persistance d’un plafond de verre à différents niveaux hiérarchiques.
=> Prise de risque : un écart entre principes et pratiques
Sur le plan des représentations, femmes et hommes partagent une vision similaire de la réussite professionnelle : 57 % estiment qu’il vaut mieux prendre des initiatives audacieuses. En revanche, les pratiques en matière de prise de risque révèlent des différences nettes.
- 33 % des femmes disent aimer prendre des risques dans la vie quotidienne, contre 45 % des hommes.
- 27 % prennent régulièrement des risques dans leur vie professionnelle (versus 35 % des hommes)
- 20 % ont créé ou envisagent de créer une entreprise (28 % des hommes).
=>Le manque de confiance en soi, un frein largement intériorisé par les femmes
Le manque de confiance apparaît comme un facteur central des inégalités de carrière.
- 54 % des femmes déclarent avoir déjà laissé passer une opportunité professionnelle par manque de confiance, contre 43 % des hommes.
- 30 % n’ont pas osé imposer leur point de vue (contre 25 % des hommes).
Cette autocensure s’accompagne d’un sentiment d’injustice : 29 % des femmes affirment avoir été écartées au profit d’un homme qu’elles jugeaient moins compétent, soit près de deux fois plus que les hommes déclarant la situation inverse (15 %).
L’étude met également en lumière l’origine précoce de ces écarts. 42 % des femmes estiment que la confiance en soi est davantage transmise aux garçons dès l’enfance.
=>Le « glue work » ou le poids du travail invisible
Autre frein majeur identifié : la répartition inégale des tâches non valorisées en entreprise.
- 77 % des femmes estiment être plus souvent sollicitées que les hommes pour ces tâches d’organisation, de coordination ou de logistique, contre 52 % des hommes.
- 75 % des femmes considèrent que ces tâches freinent leur carrière, contre 59 % des hommes.
Les principales raisons invoquées pour expliquer cette situation sont la difficulté à dire non (49 %), le souci de bien faire (48 %) et la pression implicite de l’environnement professionnel (41 %). Ce « glue work » agit comme un frein invisible : il mobilise du temps et de l’énergie sans produire de reconnaissance ni de progression hiérarchique équivalente.
=> Une différence de perception entre hommes et femmes et peu d’évolution générationnelle
L’enquête montre un écart de perception important entre hommes et femmes pour ce qui concerne l’aversion féminine au risque ou le manque de confiance en soi (par exemple, 30% des hommes pensent que les femmes prennent moins de risques contre 44% des femmes).
Par ailleurs, les freins semblent persister dans les nouvelles générations. Les plus jeunes femmes affichent d’ailleurs une forme d’autocensure plus marquée : 61% des 25-34 ans disent avoir laissé passer une opportunité par manque de confiance, contre 45% des 50-64 ans, 23% des 65 ans et plus.
A lire : Les femmes dans le milieu professionnel Prise de risques, confiance en soi et « glue work" https://www.odoxa.fr/wp-content/uploads/2025/09/Odoxa-pour-FCE-Septembre-2025.pdf
