Objectif : Cette étude U2P/ISM analyse l’emploi des femmes au sein des entreprises de proximité, que ce soit en tant que cheffe d’entreprise, ou salariée. Elle s’attache également à caractériser la dimension familiale de ce monde de petites entreprises à travers l’implication des conjoint(e)s. Elle compare enfin les conditions de travail des femmes avec celles des hommes et évalue la progression de la mixité dans des emplois historiquement très genrés.

Méthodologie : Les données sont issues du traitement et de l’exploitation, par l’Institut Supérieur des Métiers, de fichiers de données nationaux de l’INSEE, de l’URSSAF, de la DEPP et de France Travail. Deux enquêtes réalisées en 2025 par l’ISM pour le compte de l’Union des entreprises de proximité (U2P) sont également utilisées : « Parcours et quotidien des cheffes d’entreprise artisanale, commerciale et libérale » (réalisée en février 2025 auprès de 1 900 chef(fe)s d’entreprise) et « Implication des conjoints de chefs d’entreprise dans la vie des entreprises de proximité » (réalisée en novembre 2025 auprès de plus de 3 000 entreprises répondantes).
Cette étude porte sur le périmètre du champ professionnel de l’U2P, à savoir : artisanat du BTP, artisanat et commerce de l’alimentation, hôtellerie-restauration, artisanat de fabrication, artisanat des services ainsi que les professions libérales du droit, de santé et les activités libérales techniques et du cadre de vie.

Plus de 3,2 millions de femmes actives au sein des entreprises de proximité, dont 1,3 millions de cheffes d’entreprise et 1,9 million de salariées

Les femmes représentent plus de quatre actifs sur dix (41% des chefs d’entreprise et 42% des salariés).

Cette présence croissante est liée à la hausse du nombre d’entreprises et d’emplois salariés ces dernières années, mais aussi au processus de féminisation de certains métiers.

Un nombre de cheffes d’entreprise en hausse

Concernant les cheffes d’entreprise, la féminisation progresse dans de nombreuses familles d’activité de l’U2P, en volume et en part : 41% des entreprises de proximité sont pilotées par des femmes en 2023 au lieu de 40% en 2020 et 38% en 2017.

La féminisation de la fonction « chef d’entreprise » est particulièrement forte dans l’artisanat de fabrication (de 37% en 2017 à 44% en 2020 et 51% en 2023).

La part de femmes chefs d’entreprise est stable dans l’artisanat des services (« bastion » de secteurs déjà très féminisés comme la coiffure, l’esthétique ou le commerce de fleurs), dans l’hôtellerie-restauration et dans l’artisanat du BTP.

Source : URSSAF, indépendants du régime non salarié dont micro-entrepreneurs.

L’entrepreneuriat attire toujours plus de femmes dans les secteurs de l’artisanat, du commerce et des professions libérales

La croissance du nombre de cheffes d’entreprise s’explique par la forte dynamique entrepreneuriale ces quinze dernières années. Selon l’enquête INSEE/SINE, 40% des entreprises de proximité sont créées par des femmes. En 2022, on peut donc estimer à environ 247 000 le nombre d’entreprises de proximité créées par des femmes, dont 71% sous le régime micro-entreprise.

Les motivations entrepreneuriales mettent en avant, tout comme pour les hommes, le désir d’indépendance (pour 71% des créatrices et créateurs d’entreprise de proximité). La passion pour le métier (43%), le besoin d’accomplissement et de sens (31%) sont toutefois des leviers plus importants pour les femmes.

Les freins à l’entrepreneuriat des femmes sont principalement le manque de moyens financiers (40%), le manque de confiance (36%) et la crainte de perte de revenus (34%). La perte de l’équilibre familial n’est pas le frein principal (cité par 31% des femmes) et il existe également pour les hommes (28%).

Les femmes entrepreneurs dans ces secteurs se caractérisent néanmoins par certains traits :

  • elles sont globalement plus jeunes que les hommes : 37% des femmes dirigeantes ont moins de 40 ans (contre 30% chez les hommes).
  • elles creusent l’écart avec les hommes en matière de niveau de diplôme, cela quelle que soit la famille d’activité : 59% des cheffes d’entreprise sont diplômées du supérieur (53% en 2019 : +6 points) contre 41% des hommes (39% en 2017 : +2 points) ;
  • elles créent des entreprises plus petites, avec moins de moyens, et plus souvent sous le régime micro-entrepreneur.
  • ascenseur professionnel, la création d’entreprise intervient généralement après plusieurs années d’expérience dans le salariat et dans le métier ; toutefois, les femmes sont un peu plus nombreuses dans ces secteurs à reprendre une activité par la création d’entreprise et/ou à se reconvertir.
FemmesHommes
Diplôme le plus élevé détenu65% détiennent un diplôme de l’enseignement supérieur48% détiennent un diplôme de l’enseignement supérieur
En emploi salarié avant la création d’entreprise47%55%
L’activité de l’entreprise est identique au métier principal47%56%
Moyens financiers nécessaires au démarrage de l’activité43% : aucun moyen financier
17% : plus de 4000 euros
35% : aucun moyen financier
30% : plus de 4000 euros
Catégorie juridique de l’entreprise71% en micro-entreprise61% en micro-entreprise
Source : INSEE/Enquête SINE 2022, périmètre sectoriel des entreprises de proximité, traitement ISM

Des entreprises plus petites, des revenus inférieurs : quels facteurs explicatifs ?

Créées avec moins de moyens financiers, les entreprises pilotées par des femmes se développent moins dans le temps que celles dirigées par des hommes.

Les revenus dégagés par les femmes cheffes d’entreprise sont par ailleurs en moyenne moins élevés que ceux des hommes, cela quels que soient la famille d’activité et le régime fiscal. Si les revenus moyens ont progressé au fil des ans, l’écart de revenus avec les hommes dirigeants demeure constant : il est inférieur de 20% pour les indépendantes du régime classique et de 24% pour les femmes micro-entrepreneurs.

L’étude apporte différents facteurs explicatifs :

  • un plus grand manque de confiance chez les femmes ;
  • une moindre implication horaire que les hommes dans l’activité indépendante : 31% des femmes travaillent « à temps partiel » (moins de 39 heures par semaine) contre 10% des hommes ;
  • une organisation spécifique du temps de travail et la recherche d’une meilleure conciliation entre vie personnelle et vie professionnelle : les cheffes d’entreprise sont plus nombreuses que les hommes à aménager leurs horaires (73% contre 55%). 45% des cheffes d’entreprise considèrent d’ailleurs que le travail indépendant facilite par sa flexibilité la conciliation avec leur vie familiale (versus 35% des hommes). De nombreuses dirigeantes font d’ailleurs le choix du travail indépendant dans cet objectif.

La dimension familiale est présente dans une entreprise sur cinq, principalement à travers le conjoint

15% des chefs d’entreprise sont aidés par leur conjoint(e) : 12% pour les cheffes d’entreprise et 18% pour les chefs d’entreprise. En ne tenant compte que des conjoints disposant d’un statut dans l’entreprise, on peut donc estimer à 340.000 le nombre de conjoints impliqués dans la vie des entreprises de proximité, dont environ 239.000 femmes.
L’implication des conjoint(e)s reste plus forte dans les activités artisanales et de l’hôtellerie-restauration. Elle concerne prioritairement les fonctions de vente et de gestion administrative et comptable.

La féminisation des emplois salariés évolue plus lentement

La part des femmes se stabilise dans de nombreux secteurs, voire tend à la baisse dans certains secteurs.

  • Les femmes sont déjà prépondérantes dans l’emploi salarié des professions libérales du droit et de la santé (elles représentent respectivement 83% et 87%des effectifs) ;
  • La mixité est proche de la parité dans les autres professions libérales (44% de femmes), dans l’hôtellerie-restauration (43%) ou dans l’artisanat des services et de l’alimentation (47%).
  • Dans les secteurs à dominante masculine, la féminisation des emplois paraît à l’arrêt, que ce soit dans les emplois salariés du BTP (12%) ou de l’artisanat de fabrication (25%).

Les choix de formation initiale et de métiers évoluent en effet très lentement et les stéréotypes de genre perdurent : les femmes sont polarisées dans les emplois salariés de services (notamment les métiers de nettoyage, des soins de beauté) ou les fonctions supports. Des métiers comme le secrétariat (96% de femmes), la vente (75%) ou la comptabilité (79%) demeurent ainsi majoritairement exercés par des femmes, alors que les métiers du BTP, du travail des métaux ou de la réparation automobile sont occupés à plus de 95% par des hommes.

En revanche, des progrès importants sont constatés en matière d’égalité salariale : l’écart salarial est orienté à la baisse (le salaire horaire moyen en ETP des femmes est inférieur de 7% en 2022 à celui des hommes, contre 13% en 2019).

En conclusion, le processus de féminisation des emplois est dû à deux phénomènes principaux :

  • le déploiement de l’entrepreneuriat des femmes ces quinze dernières années, stimulé par le régime social et fiscal du micro-entrepreneur) et la recherche de flexibilité dans l’organisation du travail ;
  • la tertiarisation de l’économie et des emplois salariés, qui a conduit à la croissance des emplois tertiaires (plus féminisés), notamment au sein des professions libérales.

En revanche, les choix d’orientation et de formation initiale des jeunes évoluent lentement. Désormais, ce sont plutôt les parcours de reconversion et les changements de métiers au cours de la vie professionnelle qui semblent faire avancer la mixité des emplois.

Retrouver le communiqué de presse et l’étude complète sur le site de l’U2P