« Transmission et reprise d’entreprise : Perspective de marché et facteurs clés de succès », BPI France, Novembre 2025, lu décembre 2025 – Etude menée en partenariat avec CCI France, CMA France et le C.R.A. – Méthodologie : Les données proviennent d’une enquête quantitative menée auprès de 5 000 répondants (dont 1 500 cédants potentiels, et 2 000 dirigeants ayant opéré une reprise d’entreprise) complétée par 50 entretiens qualitatifs (30 chefs d’entreprise, 20 experts). Les résultats ont été redressés selon la taille et le secteur d’activité, garantissant une représentativité statistique des segments étudiés.
L’étude du Lab-bpifrance vise à évaluer le marché de la transmission des TPE-PME-ETI (d’au moins un salarié) d’ici à 2030, à identifier les motivations des cédants et des repreneurs, ainsi que les obstacles rencontrés dans le processus de transmission-reprise*.
=>Intentions et dynamique du marché : 40% des dirigeants ont l’intention de transmettre leur entreprise à un horizon de 5 ans, soit environ 370.000 entreprises et 3 millions d’emplois
Selon l’étude menée, environ 370 000 entreprises de 1 à 249 salariés seraient concernées par une transmission d’ici 2030, représentant environ trois millions d’emplois (dont un million parmi les entreprises de moins de 10 salariés).
Les intentions diminuent avec la taille des entreprises (la part est de 27 % pour les entreprises de 50 à 99 salariés et 24 % pour les entreprises de 100 à 249 salariés). Les TPE (1 à 9 salariés) représentent l’essentiel du marché : plus l’entreprise est petite, plus l’intention de transmission est élevée, alors même que les TPE regroupent 27 % des salariés.
Les projets varient également selon les secteurs : l’intention de transmission est particulièrement élevée dans le tourisme (46 %), les transports (40 %) et l’industrie (40 %), avec une surreprésentation relative de l’hébergement, cafés et restauration (30 %), alors que ce secteur ne représente que 12 % de l’ensemble des entreprises industrielles.
=> Le potentiel apparaît trois plus élevé que les flux enregistrés actuellement (environ 74.000 entreprises avec au moins un salarié à transmettre par an versus 26.000 actuellement) , en particulier chez les TPE. Il existe en effet un écart entre l’intention et la transmission effective, en raison notamment de freins psychologiques, d’absence de projet concret ou de préparation.
Par ailleurs, certains dirigeants renoncent à tout projet de transmission, soit en raison de la faible valeur financière de l’entreprise ou de sa forte personnalisation.
Source : Enquête auprès des PME sur la transmission-reprise, mai-juin 2025 et Enquête ETI 2025, Bpifrance Le Lab
=> Profils et comportements des cédants : les deux tiers des intentions sont motivées par un prochain départ à la retraite
L’âge des dirigeants reste un facteur déterminant : le pic des intentions est observé entre 60 et 64 ans (69 %), contre 12 % pour les dirigeants de moins de 40 ans. Les intentions sont donc fortement corrélées aux départs à la retraite.
Le départ à la retraite constitue la principale motivation de transmission (64 %), avec un effet plus marqué pour les 60 ans et plus (81 %). Chez les dirigeants de moins de 50 ans, la réduction de la charge de travail ou du temps de travail représente 25 % des motivations déclarées.
12% des cédants potentiels sont porteurs d’un autre projet entrepreneurial.
A noter : la conjoncture peut être un facteur pour différer un projet. Par ailleurs, 61 % des dirigeants de TPE et PME ayant un projet de transmission déclarent avoir été impactés par l’incertitude politique récente, avec des effets variables : 32 % ont accéléré, 21 % ont reporté, 8 % ont annulé leurs projets.
Champ : Dirigeants ayant l’intention de transmettre leur entreprise
Source : Enquête auprès des PME sur la transmission-reprise, mai-juin 2025, Bpifrance Le Lab
L’étude confirme la faible anticipation, par les potentiels cédants, de l’opération de transmission. « Dès que l’horizon de transmission dépasse un an, très peu de projets sont à un stade avancé« . Seul un tiers environ des cédants visant une transmission dans les deux à trois ans ont avancé dans leurs démarches. Or, selon le C.R.A. (Association cédants et repreneurs d’affaires), 12 à 18 mois minimum sont nécessaires pour organiser le projet.
Les cédants envisagent majoritairement une transmission à un repreneur externe : un quart projettent une transmission familiale, 15% une reprise par un salarié, 11% à un associé. 38% des cédants potentiels n’anticipent aucun obstacle pour la transmission de leur entreprise.
Les critères de sélection des repreneurs mettent l’accent sur la pérennité de l’entreprise et la préservation des emplois (48 %), la qualité humaine du repreneur (41 %) et son expérience (38 %), tandis que la maximisation du profit constitue un facteur secondaire, ce que confirment les experts interrogés.
L’étude dresse une typologie des cédants en 5 profils :
- « optimistes” (35 %) : quoique peu avancés dans leur projet, ces cédants n’envisagent pas de difficulté majeure à la transmission de leur entreprise (les grosses PME sont sur-représentées dans ce profil, ainsi que les projets de transmission familiale) ;
- “envie de changer d’air” (29 %) : ces chefs d’entreprise sont plus jeunes et veulent céder leur entreprise souvent en raison d’une trop grosse pression au travail (ou de sa charge psychologique) ; ils anticipent plus d’obstacles ;
- “cédant préparé” (23 %) : ces cédants en moyenne plus âgés ont bien avancé dans la préparation de leur projet et envisagent peu d’obstacles ;
- “transmission par salarié” (7 %) : ces cédants peu nombreux sont surreprésentés dans l’artisanat, notamment dans la construction ;
- “cédant en urgence” (7 %) : ces projets de transmission sont généralement consécutifs à des difficultés financières (le secteur du commerce et les TPE sont surreprésentées).
=> 85% des cédants potentiels comptent solliciter un accompagnement
=> Profil des repreneurs et obstacles à la transmission
Parmi les répondants à l’enquête ayant eux-même opéré une reprise d’entreprise, 71% ont racheté les titres d’une société (un mode de reprise qui paraît donc en progression), 29% ont procédé à l’achat d’un fonds de commerce. Les cas de reprise familiales semblent surreprésentés parmi l’échantillon des répondants (ils représentent 49% des cas).
60 % des repreneurs ont rencontré des obstacles (68% dans le cas de repreneurs externes), principalement liés au financement (30 %, mais 44% parmi les repreneurs salariés). Le manque de financement est d’ailleurs la première raison de report ou d’abandon de projet de reprise cité. Les autres obstacles cités sont principalement la négociation du prix de rachat (19 %) et la recherche d’entreprise pour les repreneurs externes (22 %).
Le financement bancaire demeure la principale source de financement des opérations (57%), le crédit-vendeur n’ayant été cité que dans 7% des cas. A noter : cette charge financière liée à l’emprunt a pénalisé le développement ultérieur de l’entreprise pour un tiers des repreneurs.
La situation six mois après reprise montre que 49 % des repreneurs n’ont rencontré aucune difficulté majeure, tandis que 25 % signalent des problématiques liées aux ressources humaines, 10 % au matériel ou à l’appareil productif et 9 % une perte de clientèle. Les repreneurs internes (salariés ou familiaux) signalent moins de difficultés que les repreneurs externes.
L’étude met enfin en exergue la pluralité des parcours de reprise et permet enfin de dresser une typologie des repreneurs :
- “La reprise réussite” (42%) : le repreneur n’a rencontré dans ces cas de figure aucune difficulté ni en amont ni en aval de la reprise ;
- “la reprise semée d’embuche” (31%) : les difficultés rencontrées par ces repreneurs ont été fortes, notamment en matière de financement ;
- « La reprise familiale complexe » (10%) :pour ces cas de reprise familiale, les repreneurs souvent jeunes et salariés de l’entreprise ont fait face à des difficultés administratives et financières (notamment les droits de succession) ;
- « la reprise qui ne tient pas ses promesses » (9%) : le repreneur a perdu des clients et n’ont pas atteint l’objectif fixcé en matière de chiffre d’affaires ;
- « la reprise avec fonds d’investissement » (8%) : ces cas de reprise concernent des entreprises plus grandes et aboutissent généralement sans trop de problème.
=> Conditions et leviers de fluidité des transmissions-reprises
L’accompagnement apparaît central dans le processus de transmission. 85 % des cédants potentiels déclarent avoir sollicité ou compter solliciter un accompagnement, principalement via les experts-comptables (55 %), avocats (40 %), Bpifrance, CCI ou CMA (25 %) et banques (14 %). Les motifs principaux sont la recherche d’une expertise en matière de fiscalité ou juridique (60 %) ainsi que le diagnostic et l’évaluation de l’entreprise (58 %).
La fluidité des transmissions dépend également de la correspondance entre offre et demande : 23 % des cédants potentiels signalent l’absence d’offre comme un obstacle, tandis que 22 % des repreneurs externes rencontrent des difficultés à identifier une entreprise à reprendre, avec un délai moyen de recherche de 10 mois.
(*) Transmission : Transmission à titre gratuit ou payant des titres d’une entreprise ou de son fonds – Reprise : Acquisition, à titre gratuite ou payant, de tout ou d’une partie des titres d’une entrepris ou de son fonds
Pour en savoir davantage : Transmission d’entreprise : perspectives de marché et facteurs clés de succès | Bpifrance Création
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