IA générative dans les entreprises françaises : des usages encore marginaux, mais des écarts nets entre TPE et PME

L’étude conduite par Bpifrance Le Lab auprès de 3 077 dirigeants de TPE et PME (novembre–décembre 2023) montre que la révolution de l’IA générative n’a pas encore eu lieu dans les petites entreprises, mais que la taille de l’entreprise joue un rôle déterminant dans le niveau d’appropriation, la diversité des usages et les perspectives de déploiement.
Selon l’étude, dans les TPE de moins de 10 salariés, l’IA reste un outil marginal, individuel et peu structuré, alors que les usages progressent dans les entreprises plus grandes. Le risque n’est pas tant une disparition des métiers qu’un décrochage progressif des plus petites entreprises si elles ne sont pas accompagnées dans l’appropriation de ces nouveaux outils.


1. Un niveau d’adoption global encore faible… surtout dans les TPE

Une adoption minoritaire dans toutes les tailles d’entreprise

Tous effectifs confondus :

  • 15 % des dirigeants utilisent des IA génératives (3 % régulièrement, 12 % occasionnellement),
  • 72 % n’en font aucun usage,
  • 13 % envisagent une utilisation prochaine.

Mais cette moyenne masque des écarts très marqués selon la taille. Plus l’entreprise est grande, plus l’IA est utilisée, et plus l’usage est susceptible de s’inscrire dans une démarche collective plutôt qu’individuelle.

Taille de l’entrepriseUtilisation (régulière + occasionnelle)
TPE 1–9 salariés15 %
10–19 salariés19 %
PME (20–249)≈ 20–28 % selon la taille

2. Les TPE : des usages très limités, centrés sur le dirigeant

Une logique d’expérimentation individuelle

Dans les TPE de moins de 10 salariés, l’usage de l’IA :

  • repose quasi exclusivement sur le dirigeant,
  • est peu formalisé,
  • s’inscrit dans une logique de test opportuniste, sans stratégie globale.

Les outils sont utilisés comme des assistants personnels, sans intégration aux processus de l’entreprise.

Des cas d’usage très concentrés

Chez les TPE utilisatrices, l’IA sert avant tout à la recherche d’informations et la veille, la rédaction de contenus écrits (mails, posts, documents administratifs) et, occasionnellement, la création de contenus marketing simples. Les usages plus avancés (aide à la décision, prospection commerciale, analyse de données) sont rares, voire absents.

Des freins fortement exprimés

Dans les TPE, l’IA est perçue comme non prioritaire, voire éloignée des enjeux quotidiens. Les dirigeants de TPE invoquent principalement :

  • le fait de « ne pas en voir l’usage » (71 % des non-utilisateurs),
  • un manque d’expertise,
  • la crainte d’un mauvais usage (données, fiabilité des réponses).

3. Les entreprises de 10 à 19 salariés : une phase de transition

Les entreprises de 10 à 19 salariés se situent dans une zone intermédiaire.

Une adoption en légère progression

  • Près de.
  • La part de dirigeants déclarant une intention d’usage prochaine est plus élevée que dans les très petites structures.

Des usages encore cantonnés aux fonctions support

Comme dans les TPE, les usages concernent majoritairement la génération de contenus écrits, la communication et le marketing, ainsi que la recherche et l’analyse d’informations. Mais on observe davantage de réflexions sur l’impact organisationnel et une sensibilité accrue aux gains de temps et de coûts (ex. réduction du recours à des prestataires externes). Ces entreprises amorcent une structuration des usages, sans toutefois franchir le seuil de transformation des processus métier.


4. Les PME : des usages plus fréquents, plus diversifiés et plus structurés

Une adoption plus élevée et plus assumée

Dans les PME de 20 salariés et plus, l’usage de l’IA générative est plus fréquent. Il concerne plusieurs collaborateurs, souvent dans les fonctions support et il est parfois encadré par des règles internes.

Certaines PME se distinguent nettement avec des taux d’usage proches de 25 à 30 %.

Une palette de cas d’usage plus large

Outre les usages classiques (rédaction, recherche), les PME explorent davantage :

  • la prospection commerciale,
  • l’aide à la décision (reportings, analyses),
  • la production de supports commerciaux ou techniques,
  • parfois, des usages liés au cœur de métier (encore minoritaires).

L’étude distingue ainsi trois profils :

  1. Les “agiles” : usage souple, rapide, orienté gains de temps et de coûts.
  2. Les “formalisateurs” : usages encadrés, intégrés à certains processus.
  3. Les “refondateurs” (très minoritaires) : IA intégrée au business model.

Une vision plus stratégique

Les dirigeants de PME perçoivent davantage l’IA :

  • comme un levier de compétitivité,
  • comme un enjeu de montée en compétences,
  • et comme un outil appelé à transformer les métiers, sans les remplacer.

5. Ce que révèle la comparaison TPE / PME

Une fracture moins technologique qu’organisationnelle

L’étude montre que l’écart entre TPE et PME ne tient pas tant à l’accès aux outils (souvent peu coûteux), qu’à la capacité à se projeter, à tester collectivement et à structurer les usages.

TPE (<10)PME
Usage individuelUsage collectif
Logique d’essaiLogique d’intégration
Fonctions basiquesFonctions support + prémices métier
Peu de formalisationDébut de gouvernance

Un enjeu clé : l’accompagnement

En conclusion, pour les TPE, l’enjeu principal n’est pas technologique mais :

  • pédagogique (comprendre à quoi l’IA peut servir),
  • opérationnel (cas d’usage simples et concrets),
  • progressif (éviter une approche trop stratégique ou trop complexe).
Lire le document d'étude, en ligne sur le site de Bpifrance.
« IA génératives : opportunités et usages dans les TPE et PME ». (Mars 2024). Bpifrance Le Lab.