Cette étude du Cereq s’appuie sur une enquête auprès d’une cohorte de 9 000 jeunes environ, représentatifs des 740 000 sortants d’études de l’année 2016‑2017. Ces jeunes ont été interrogés entre septembre et décembre 2023, par téléphone ou internet, soit trois ans après leur première participation à l’enquête en 2020.
Une dynamique favorisée par les réformes récentes
En 2024, 876 600 nouveaux contrats d’apprentissage ont été signés, contre 317 300 en 2018, une progression spectaculaire en quelques années. Cette dynamique est largement portée par l’enseignement supérieur : en 2023, 62 % des contrats d’apprentissage concernent des formations post-bac, contre 39 % en 2018 et seulement 25 % en 2010.
Cette évolution fait suite à l’adoption de la loi « Liberté de choisir son avenir professionnel », qui a notamment modifié les modes de financement, relevé l’âge limite d’entrée en apprentissage jusqu’à 29 ans, et renforcé les aides financières aux entreprises, rendant ce dispositif plus accessible et plus attractif.
L’apprentissage ne concerne plus uniquement les jeunes en formation initiale : il devient aussi un levier de reprise d’études et de réorientation professionnelle.
Des reprises d’études de plus en plus courantes et décalées dans le temps
L’enquête montre qu’une part significative des jeunes reprend des études après leur sortie du système éducatif. Parmi ceux sortis en 2017 :
- 22 % ont repris au moins une fois des études au cours de leurs six premières années d’activité.
- 30 % de ces « repreneurs » ont utilisé l’apprentissage comme mode de formation, soit 7 % de l’ensemble de la génération.
Cela représente 9 000 contrats entre septembre et octobre 2020 contre 3 000 durant la même période en 2018.
Ce qui caractérise particulièrement ces reprises d’études en apprentissage, c’est leur décalage dans le temps :
68 % des reprises en apprentissage surviennent plus de trois ans après la sortie du système éducatif — bien plus tard qu’auparavant. À titre de comparaison, chez la génération 2010, 70 % des reprises en apprentissage avaient lieu dans les trois premières années après la sortie d’études.
Les facteurs qui influencent la reprise d’études en apprentissage
Les motivations des jeunes sont variées :
- Insatisfaction du parcours initial : certains n’ont pas atteint le niveau de diplôme souhaité ou ont rencontré des difficultés d’insertion.
- Reconversion professionnelle : d’autres utilisent l’apprentissage pour changer de métier ou de secteur.*
Plusieurs facteurs influencent la probabilité de reprise :
- Niveau de diplôme : avoir atteint le niveau d’études souhaité réduit la probabilité d’un retour en formation, tandis que les sortants de niveaux plus faibles sont plus susceptibles de reprendre des études.
- Origine sociale : la probabilité de reprise est plus élevée lorsque l’un des parents est d’origine étrangère.
Malgré ces tendances, la reprise en apprentissage concerne de plus en plus les sortants de l’enseignement supérieur : la part de ces jeunes est passée de 30 % pour la génération 2010 à 47 % pour la génération 2017.
Insertion professionnelle

Les jeunes ayant repris des études en apprentissage présentent un taux plus faible d’embauche dans leur entreprise d’accueil à la fin de la formation que les autres apprentis : 16 % contre 29 %. Un recul est notable par rapport à la génération 2010, où le taux était de 27 %, avant de tomber à 16 % pour la génération 2017.
Plusieurs explications peuvent être avancées : certaines entreprises préfèrent recruter des apprentis plutôt que des salariés classiques, car cette formule leur permet de bénéficier d’aides financières. Par ailleurs, ne pas rester dans la même entreprise peut être un choix stratégique pour les jeunes, leur permettant de valoriser les compétences acquises dans une autre entreprise ou dans un autre secteur.

Malgré ce faible taux de maintien dans l’entreprise initiale, l’insertion professionnelle reste favorable pour les « repreneurs d’études » en apprentissage : 76 % d’entre eux sont en emploi six mois après la fin de leur formation, contre 63 % pour ceux dont la reprise s’est faite hors apprentissage. Cette différence de 13 points illustre le rôle positif de l’apprentissage dans l’accès à l’emploi. De plus, ce taux marque une hausse de 17 points par rapport à la génération 2010, confirmant l’amélioration de l’insertion professionnelle des jeunes « repreneurs d’études » en apprentissage.
En savoir plus : Cereq – L’apprentissage, tremplin des reprises d’études depuis la réforme de 2018 – En ligne sur le site du CEREQ L’apprentissage, tremplin des reprises d’études depuis la réforme de 2018 | Cereq
(*) Ces tendances se retrouvent dans les données du Baromètre ISM-MAAF 2024 : parmi les apprentis en CAP dans l’artisanat en 2022/2023, 10 % proviennent du lycée général, 14 % du lycée professionnel, et 4 % du monde du travail.
Article rédigé par Svend Candil-Petersen, Institut Supérieur des Métiers



