« L’apprentissage en France : Quel bilan pour quels objectifs ? », Trésor-Éco n°376, novembre 2025
La loi n°2018-771 du 5 septembre 2018 « pour la liberté de choisir son avenir professionnel » a réformé en profondeur l’apprentissage. Cette note de la Direction Générale du Trésor revient sur les conséquences financières de cette réforme et dresse un bilan du dispositif, par comparaison avec la voie scolaire.
Bilan financier de l’apprentissage : un coût de formation plus élevé que la voie scolaire à partir de la licence.
Le nombre d’entrées en apprentissage est passé de 306 000 en 2017 à près de 879 000 en 2024, soit une augmentation de +187 % sur la période.
Cette forte progression du nombre d’apprentis est issue de la création de nombreux CFA (avec une procédure nettement simplifiée), ainsi que de la mise en place d’une aide unique de l’État aux entreprises formant des apprentis (une aide renforcée en 2020 dans le contexte de crise sanitaire). Des évolutions ont également été instaurées du côté de l’apprenti avec une limite d’âge relevée (passant de 26 ans à 29 ans) ou encore une procédure simplifiée pour rompre un contrat.
Cette hausse a toutefois été portée principalement par le développement de l’apprentissage dans les diplômes de l’enseignement supérieur. Le nombre d’entrées d’apprentis en licence ou master est de 345 400 en 2024 (+415 % entre 2018 et 2024), tandis que celui des apprentis en diplômes inférieurs ou équivalent au baccalauréat est de 344 500 en 2024 (+76 % entre 2018 et 2024).
Évolution des entrées en apprentissage en fonction du diplôme préparé

Note de lecture : (1) Promulgation de la loi n° 2018-771 du 5 septembre 2018 « pour la liberté de choisir son avenir professionnel » ; (2) Entrée en vigueur de l’aide unique aux employeurs d’apprentis ; (3) Entrée en vigueur de l’aide exceptionnelle à l’embauche d’apprentis.
Cette montée en puissance a conduit à un quasi-triplement du coût de l’apprentissage pour les finances publiques, passant à 14,9 Md€ en 2023, contre 6,1 Md€ en 2018. Les dépenses publiques annuelles par apprenti s’élèvent à environ 14 700 € par an en France.
Les dispositifs de soutien public à l’apprentissage instaurés visent trois objectifs principaux :
- alléger le coût de l’embauche d’un apprenti pour les employeurs (aide à l’embauche pour les contrats d’apprentissage) : l’entreprise employeuse bénéficie d’une aide à l’embauche d’apprentis (5000 euros dans les entreprises de moins de 250 salariés). De ce fait, le coût resté à la charge de l’employeur pour former un apprenti est limité lors de la première année de contrat.
- financer l’offre de formation : les organismes de formation sont soutenus grâce à la prise en charge de leurs coûts pédagogiques par les opérateurs de compétences (Opco). Le niveau de prise en charge varie de façon importante selon la formation et la branche professionnelle de l’entreprise employeuse (de 3000€ à 30000 euros dans les exemples cités avec un niveau de prise en charge moyen de 7600 euros pour la cohorte 2024).
- soutenir le pouvoir d’achat des apprentis (régime socio-fiscal favorable) : le niveau de rémunération minimal des apprentis correspondant à un pourcentage du Smic (en fonction de l’âge de l’apprenti et de son année d’apprentissage). Les apprentis bénéficient également d’un régime socio-fiscal plus favorable que les salariés (exonération de cotisations sociales et d’impôt sur le revenu), tout en bénéficiant des mêmes droits sociaux.
=> Par comparaison avec la voie scolaire, le coût de formation d’un apprenti pour l’Etat est comparable dans le secondaire, mais plus élevé notamment à partir de la licence (4 fois plus élevé que celui d’un étudiant en licence, deux fois plus pour un étudiant en master).
Apprentis et étudiants : des profils différents
La note analyse dans un second temps l’écart de composition sociale entre apprentis et scolaires. Cet écart diffère selon le niveau de formation :
- dans l’enseignement secondaire, les enfants d’ouvriers, d’employés et d’inactifs sont surreprésentés dans la voie scolaire (66 % des élèves contre 56 % des élèves en apprentissage), en raison notamment d’un meilleur accès des enfants d’artisans-commerçants à l’apprentissage ;
- dans l’enseignement supérieur, les différences d’origine sociale sont plus faibles : 33 % dans la voie scolaire sont d’origine sociale défavorisée contre 38 % des élèves en apprentissage.
=> Selon les chiffres donnés, l’apprentissage facilite donc la formation supérieure de jeunes issus de milieux modestes, principalement dans les formations au coût élevé (écoles d’ingénieurs, écoles de commerce).
Insertion professionnelle : la primauté de l’apprentissage diminue avec le niveau de diplôme
Concernant enfin l’efficacité de l’apprentissage en matière d’insertion professionnelle, la note confirme les meilleurs scores obtenus par les apprentis, en début de carrière, par rapport à leurs homologues de la voie scolaire. Le taux d’insertion professionnelle par l’accès à l’emploi 18 mois après l’obtention du diplôme est toujours plus élevé pour les apprentis, quel que soit le niveau de diplôme préparé, même si cet écart se réduit avec le niveau de diplôme s’élève : il passe ainsi de 27 points de pourcentage au niveau CAP à 6 points de pourcentage au niveau master.
Comparaison de l’insertion professionnelle des apprentis et des élèves sous statut scolaire

=> Le développement de l’apprentissage a en conséquence conduit à une réduction du taux de chômage des jeunes. Mais aucune étude ne permet de conclure au maintien de cet effet positif sur le long terme.
Pour en savoir davantage : « L’apprentissage en France : Quel bilan pour quels objectifs ? », Trésor-Éco n°376, novembre 2025
Pour en savoir plus sur le bilan de la réforme dans l’artisanat : « Les chiffres-clés de l’apprentissage : la filière maintient son attractivité grâce à une diversification des parcours et des profils d’apprentis », Institut Supérieur des Métiers / MAAF, août 2024
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