Pour 45% des chefs d’entreprises ruraux, être implanté en commune rurale est vécu comme une force

« Chefs d’entreprises rurales – Cœur battant des territoires oubliés » (Bpifrance Le Lab, déc. 2025)

Les entreprises implantées en milieu rural ne sont pas « marginales » : plus souvent de petite taille, elles représentent 28 % des établissements en France (pour mémoire, 32% de la population réside en commune rurale). Cette étude de Bpifrance vise à caractériser leurs contraintes de fonctionnement et les opportunités liées au milieu rural. Elle montre des problématiques de développement différentes en fonction du secteur et du marché de ces entreprises : la moitié relève de l’économie résidentielle (commerce, services, artisanat, construction), l’autre de l’économie productive.

Méthodologie – Enquête nationale menée en 2025 auprès de 2 532 dirigeants d’entreprises implantées en communes rurales (Insee), complétée par 29 entretiens qualitatifs (dirigeants et experts) et par l’analyse de données statistiques nationales (Insee, ANCT, France Travail).

La ruralité n’est vécue comme une faiblesse que par 10% des entreprises

90 % des dirigeants interrogés ne considèrent pas leur implantation rurale comme une faiblesse, et 45 % la vivent même comme une force. Cette perception repose moins sur une stratégie économique formalisée que sur un attachement affectif et territorial fort (les deux-tiers sont originaires du territoire, 75% y sont affectivement attachés).

Le ressenti des chefs d’entreprises dépend également des caractéristiques de leur territoire : plus enthousiaste en Savoie, Haute-Savoie, Vendée ou Loire-Atlantique que dans les départements de la diagonale du vide. Globalement, 52 % des dirigeants jugent leur territoire en stagnation, 21 % en déclin et seulement 27 % en renouveau ou en essor. Dans les territoires en déclin ou stagnation, les TPE assument davantage un rôle de “dernier acteur économique” ; elles sont plus exposées à l’érosion de la demande locale, mais aussi plus investies dans la survie collective du territoire.

Les ruralités sont de fait diverses, tout comme les entreprises qui y sont implantées : 45 % des communes rurales présentent ainsi une dominante résidentielle, l’autre moitié une dominante productive (les activités économiques étant alors tournées vers le marché national ou international). Indépendamment de leur fonction dominante, les territoires ruraux divergent également en termes de démographie, de dynamique entrepreneuriale et du marché de l’emploi.

Recrutement : le principal frein au développement des TPE rurales

Le recrutement est le frein n°1, cité par 65 % des dirigeants, bien au-delà de la moyenne nationale (40% selon France Travail), et cela quelle que soit la typologie des activités (résidentielle/productive).
Les causes sont multiples : vivier local limité, éloignement domicile–travail, manque d’attractivité globale du territoire, difficulté d’emploi pour le conjoint. Cette difficulté est néanmoins compensée en partie par la fidélité des salariés et un faible turnover.

Le second frein cité est la le manque de débouchés locaux (35%).

Source : Les chefs d’entreprises rurales, coeur battant des territoires oubliés – Le Lab bpifrance, décembre 2025

Des atouts compétitifs spécifiques

Les dirigeants identifient plusieurs avantages liés au rural :

  • une forte visibilité auprès des habitants, des élus et des médias locaux et une faible concurrence locale, des atouts plutôt mis en avant par les entreprises relevant de l’économie résidentielle.
  • des coûts d’exploitation plus faibles (foncier, immobilier), soulignés majoritairement par les entreprises relevant de l’économie productive

Ces atouts favorisent une notoriété rapide à l’échelle locale et une relation client fondée sur la confiance et la proximité, difficilement réplicable en milieu urbain.

L’interconnaissance entre entrepreneurs est un autre point fort souligné : 83 % des entreprises ont déjà coopéré avec d’autres entreprises locales. La coopération inter-entreprise est ainsi une ressource importante pour les petites entreprises et constitue un filet de sécurité (36% des chefs d’entreprise ont ainsi bénéficié d’une solidarité de la part d’autres entreprises en cas de « coup dur »).

Même si les coopérations sont souvent informelles (entraide, recommandations, mutualisation ponctuelle), ces réseaux de proximité constituent une alternative aux écosystèmes formalisés des métropoles. En conséquence, les chefs d’entreprises ruraux se sentent moins isolés que la moyenne nationale : 28% contre 45% en moyenne.

Des entreprises au cœur de la cohésion territoriale et du lien social

Les petites entreprises rurales jouent un rôle bien au-delà de l’économie : 67% se sentent investis d’une responsabilité territoriale (un engagement plus marqué pour les entreprises de l’économie résidentielle).

  • 81 % soutiennent des associations ou projets du territoire,
  • 59 % des dirigeants exercent d’autres responsabilités locales (associatives, professionnelles, politiques)..


Enfin, l’étude met en avant des relations de proximité privilégiées avec les acteurs publics, bien meilleures qu’en milieu urbain : 71% des entreprises rurales ont bénéficié d’un soutien public

Au-delà des politiques locales plutôt tournées vers les services à la population, l’étude suggère de nouveaux leviers d’action pour le développement local :

  • rééquilibrer les politiques locales en faveur de l’économie productive
  • faire du recrutement un axe central (et non périphérique) des dispositifs
Entreprises de l’économie résidentielleEntreprises de l’économie productive
Profil généralEntreprises majoritairement très petites
Activités non ou peu délocalisables, dépendantes de la population locale.
Dirigeants souvent fortement enracinés dans le territoire.
Entreprises plus grandes et plus structurées,
Activités tournées vers des marchés nationaux ou internationaux.
Plus forte présence d’entreprises rattachées à des groupes.
Principaux atouts identifiésForte visibilité locale et reconnaissance sociale
Relations étroites avec les habitants, élus et autres entreprises locales.
Moindre concurrence locale, facilitant la pérennité.
Intégration forte dans la vie sociale et associative.
Disponibilité du foncier
Accès à des ressources naturelles ou matérielles nécessaires à la production.
Coûts d’exploitation plus faibles qu’en milieu urbain.
Proximité avec les décideurs locaux facilitant certaines démarches
Principales fragilitésMarché local restreint, fortement dépendant de la démographie.
Sensibilité accrue au vieillissement de la population et à la dévitalisation commerciale.
Capacités d’investissement et de croissance limitées.
Recrutement particulièrement tendu, notamment pour les profils qualifiés.
Dépendance aux infrastructures (transport, logistique).
Contraintes fortes liées au foncier et aux règles d’aménagement
Sentiment d’un manque de soutien public ciblé, comparativement aux commerces de proximité.
En résuméCes entreprises recherchent avant tout la stabilité plus que la croissance. Leur rôle est central dans la qualité de vie et la cohésion territoriale, mais leur modèle reste vulnérable aux dynamiques démographiques.Ces entreprises choisissent la ruralité de manière plus opportuniste et stratégique que résidentielle. Elles sont un levier majeur de création de valeur et d’emplois, mais restent insuffisamment prises en compte par les politiques rurales classique

A lire sur le site du Lab Bpifrance

Article rédigé par Catherine Elie, Institut Supérieur des Métiers.