LU POUR VOUS
« Le tableau de bord de l’alternance en France« , Observatoire de l’alternance, Novembre 2025
Coup d’arrêt à la croissance de l’alternance
Après une hausse inédite depuis la réforme de 2018 (+173 % d’entrées), l’année 2024 marque un ralentissement du dynamisme de l’apprentissage. Les premiers mois de 2025 confirment cette perte de vitesse : la baisse estimée des entrées est comprise entre -5 % et -15 % en fin d’année 2025 selon les domaines.
Parallèlement, le contrat de professionnalisation poursuit son recul, accentué par la suppression des aides.
Les différentes modifications réglementaires ont eu un effet immédiat, après plusieurs années de croissance soutenue.
L’apprentissage : un rôle structurant pour l’insertion professionnelle
L’apprentissage demeure la voie la plus efficace d’accès à l’emploi durable, à tous les niveaux de diplôme. Les apprentis entrent plus rapidement sur le marché du travail que les jeunes ayant été formés par la voie scolaire. La part de jeunes ayant connu une trajectoire d’accès rapide au CDI augmente de 55 % lorsqu’ils sont issus de l’alternance par rapport à la voie scolaire.
Six mois après la sortie d’études (2023) : 66 % des apprentis de niveau CAP à BTS sont en emploi salarié, contre 45 % des lycéens professionnels
Deux ans après la sortie d’études en 2022 : 74 % des apprentis sont en emploi et 50 % sont en CDI dans le secteur privé.
Trois ans après l’entrée sur le marché du travail : 81 % des apprentis en emploi sont en contrat à durée indéterminée, contre 68 % pour les sortants de la voie scolaire. Les apprentis perçoivent une rémunération supérieure et une progression salariale plus rapide.
L’apprentissage constitue donc un levier d’insertion efficace sur le marché du travail et participe à la réduction des inégalités d’accès à l’emploi.
L’apprentissage au service de la mixité sociale
L’apprentissage agit comme un véritable “escalier social”, notamment pour les jeunes issus de milieux modestes ou des quartiers prioritaires de la ville (QPV).
Les jeunes résidant en QPV s’orientent davantage vers la voie professionnelle (CAP, bac professionnel) que leurs voisins, mais ils se tournent moins vers l’alternance. L’éloignement géographique de l’entreprise ou du CFA peut expliquer ce constat, ou encore l’absence d’accompagnement concernant l’orientation de ces jeunes. Toutefois, l’écart d’accès l’alternance tend à diminuer avec la hausse du niveau de diplôme.
Lorsqu’ils accèdent à l’alternance, les jeunes résidant en QPV en retirent un bénéfice significatif :
- Ils réussissent mieux que leurs homologues de la voie scolaire et font quasiment aussi bien que les autres alternants ;
- L’impact de l’alternance sur l’insertion est plus marqué pour eux que pour leurs voisins : l’écart avec la voie scolaire atteint 17 points contre 8 ;
- Trois ans après l’entrée sur le marché du travail, la proportion de CDI est identique quelle que soit l’origine : QPV, voisins ou ensemble de la population (83 %).
Le rapport montre ainsi que l’alternance contribue à réduire les écarts d’insertion liés à l’origine sociale.

24% des jeunes issus de milieux modeste arrêtent leurs études pour des raisons financières (contre 19 % pour l’ensemble des jeunes). 39 % des étudiants issus des milieux moins favorisés indiquent avoir choisi l’alternance pour financer leurs frais de scolarité, contre 22 % des autres alternants.
L’alternance, et les revenus qu’elle génère, permet ainsi aux jeunes issus des QPV de poursuivre leur parcours de formation.
Une place déterminante des TPE
L’apprentissage repose très largement sur le tissu des petites entreprises : 43 % des contrats d’apprentissage sont conclus dans des entreprises de moins de 10 salariés. La contribution des entreprises de moins de 10 salariés à l’apprentissage est deux fois plus élevée que leur poids dans l’emploi salarié.

Toutefois, l’apprentissage s’est déployé au sein des entreprises de 10 à 249 salariés ces dernières années, en raison notamment de l’ouverture des aides pour les entreprises à un diplôme de l’enseignement supérieur.
Parmi les principaux secteurs employeurs, on retrouve des secteurs de l’artisanat qui sont historiquement ancrés dans la formation par apprentissage : boulangerie-pâtisserie, coiffure, différents corps de métiers du bâtiment, ou encore esthétique-cosmétique.
De nouveaux secteurs, tels que les bureaux d’études ou les banques, figurent aujourd’hui parmi les principaux employeurs et ont connu une forte expansion de leur nombre d’apprentis depuis la réforme de 2018.
L’apprentissage dans l’enseignement supérieur
La réforme de 2018 a favorisé l’accès à l’enseignement supérieur par l’apprentissage, notamment dans les écoles de commerce et les formations d’ingénieurs, diversifiant ainsi les profils socio-économiques des étudiants.
Les apprentis présents dans les formations d’ingénieurs et d’écoles de commerce sont plus nombreux à venir de familles de professions intermédiaires ou d’ouvriers/employés et moins concentrés dans les familles de cadres que les étudiants en formation par la voie scolaire. En effet, 40 % des apprentis dans une formation d’ingénieur ont des parents cadres (56,5 % pour les étudiants scolaires) et 21 % des parents employés/ouvriers (14 % pour les étudiants scolaires).
En parallèle, le nombre d’étudiants boursiers a diminué dans ces filières entre 2016 et 2024, ce qui montre que l’apprentissage réduit le recours aux bourses et contribue à réduire les dépenses publiques.
La part d’étudiants boursiers dans les filières d’ingénieurs et dans les écoles de commerce est passée de 37,7 % en 2016 à 35,8 % en 2024. En 2024, près de 662 000 étudiants sont boursiers (-4,3 % depuis 2016).
| Part de boursiers dans la filière | Évolution du nombre de bénéficiaires | ||
| 2016 | 2024 | 2016 – 2024 | |
| Filière Ingénieurs Universités | 35,8 % | 31,8 % | -23 % |
| Filière Ingénieurs hors universités | 23,1 % | 20,5 % | -8 % |
| Écoles de commerce | 13,8 % | 10,3 % | -14,5 % |
« Le tableau de bord de l’alternance en France« , Observatoire de l’alternance, Novembre 2025





