Baromètre de l’artisanat ISM/MAAF (mai 2022) – La création d’entreprise ne connaît pas la crise ! Toujours plus de vocations dans l’artisanat

En 2021, un entrepreneur sur quatre a créé son entreprise dans l’artisanat. Ainsi, près de 250 000 entreprises artisanales ont été immatriculées en France dans ces secteurs, soit une augmentation de 13 % par rapport à 2019 et la situation d’avant-crise. Ce record atteste du dynamisme de l’entrepreneuriat artisanal et des métiers dont l’attractivité demeure indemne de deux ans de crise sanitaire.

Certes, ces bons chiffres ne sont pas propres à l’artisanat. Ils concernent la plupart des secteurs de l’économie et témoignent de l’appétence de la population pour le travail indépendant, même si la propension à créer une entreprise artisanale est très variable selon les départements : si, en moyenne, la création d’entreprise artisanale concerne 8 adultes âgés de 25 à 60 ans sur 1000, ce taux est deux à trois fois plus élevé dans les départements méditerranéens qu’il ne l’est sur le littoral de la Manche. Les départements des Alpes-Maritimes et du Var sont ainsi les plus entreprenants de France s’agissant d’activités artisanales.  

Par ailleurs, l’impact de ces créations est à pondérer : les deux tiers des créateurs optent en effet pour le régime de la micro-entreprise, avec un risque financier limité, mais aussi des perspectives de développement et de survie inférieures à celles des entreprises individuelles classiques ou des sociétés. La viabilité économique et les marchés de ces micro-entreprises seront donc à confirmer. C’est néanmoins une nouvelle forme d’entrepreneuriat qui tend à s’imposer, un entrepreneuriat intermittent (une partie des créateurs sont « multiactifs » et par ailleurs salariés) ou éphémère.

Pour autant, la vague entrepreneuriale concerne également les formes classiques d’entreprises, notamment les formes sociétaires. Ces chiffres sont donc encourageants pour le développement du tissu artisanal.

La plupart des secteurs bénéficient de ce dynamisme. Rappelons que sur les quelques 300 activités qui composent le secteur de l’artisanat, dix secteurs de l’artisanat du bâtiment et des services concentrent la moitié des créations d’entreprises.   Ces « secteurs angulaires » de l’artisanat enregistrent quasiment tous une augmentation des immatriculations – pour atteindre des niveaux supérieurs à ceux de 2019 – à l’exception des activités de taxis-VTC et de coiffure, lourdement touchées par la crise sanitaire.  

Les résultats du baromètre ISM-MAAF confirment notamment le rebond de l’artisanat de l’alimentation : les activités de fabrication de biscuits ont par exemple enregistré une hausse de 46 % des créations d’entreprises par rapport à 2019, de même que les chocolateries (+ 34 %) et les pâtisseries (+ 27 %). Cette augmentation des créations d’entreprises dans l’artisanat de l’alimentation témoigne du bouleversement des habitudes de consommation des Français ces dernières années, entre avènement des circuits courts, volonté de « manger local » et développement de la consommation nomade. Par ailleurs, la crise sanitaire et les confinements successifs ont conduit de nombreux Français à se questionner sur leur carrière professionnelle et à faire le choix de se réorienter vers des métiers de passion comme les métiers de bouche, voire les métiers d’art (le nombre de créations dans ces métiers du « geste » emprunts d’authenticité progresse ainsi de 30 % entre 219 et 2021).  

Les clignotants sont au vert également dans toutes les régions à l’exception de l’Île-de-France.   On observe les plus fortes hausses dans le Grand-Est (+27 % par rapport à 2019), les Pays de la Loire (+27 % également) et en Bretagne (+26 %). Viennent ensuite les régions Bourgogne-Franche-Comté, Centre-Val de Loire, Nouvelle-Aquitaine et Occitanie qui affichent une hausse des immatriculations supérieure à 20 %. Les Hauts-de-France, la Normandie, l’Auvergne-Rhône-Alpes et la Provence-Alpes Côte d’Azur ferment la marche avec des augmentations comprises entre 11 et 15 %.   Seule l’Île-de-France affiche un recul des créations d’entreprises artisanales (-4 %) qui s’explique par la baisse des immatriculations des taxis-VTC et plus globalement par la chute des créations dans les activités de service et de fabrication.

Dernier enseignement de ce baromètre, les créations se révèlent particulièrement dynamiques dans les communes rurales où elles ont bondi de 23 % par rapport à 2019, suivies par les petites villes de moins de 10 000 habitants (+ 21 %). En comparaison, la dynamique est beaucoup plus faible dans les métropoles de plus de 200 000 habitants (+ 13 %).  
Deux facteurs peuvent expliquer ce dynamisme de l’entrepreneuriat artisanal dans les milieux ruraux :

  • d’abord, le départ de citadins vers les campagnes, conséquences de la crise sanitaire. Si l’on ne peut pas parler d’exode et si les flux ne sont pas encore mesurables, certains travaux(*) confirment ces mobilités résidentielles. De nombreux citadins ont fait le choix de s’installer à la campagne et certains d’entre eux y ont sans doute développé une activité artisanale
  • Deuxième facteur : l’arrivée de population nouvelle constitue un complément de marché. Ce contexte est donc porteur pour ces entreprises de proximité et de services à la population.

Voir le Communiqué de presse du Baromètre ISM-MAAF.

(*)Voir à ce sujet les travaux récents du POPSU Territoires, Exode urbain ? petits flux, grands effets – Les mobilités résidentielles à l’ère post-covid ; et ceux de l’économiste Olivier Bouba-Olga, Un « exode métropolitain » ? Une comparaison des inscriptions scolaires et des réexpéditions définitives du courrier.