L’objectif de cette note présentée par l’U2P et l’ISM dans le cadre des Travaux de l’Observatoire du Financement des Entreprises est de caractériser :
- les TPE pilotées par des femmes, comparativement à celles qui sont dirigées par des hommes. En quoi sont –elles différentes ? Les femmes sont-elles des chefs d’entreprise comme les autres ?
- Les relations aux banques et au financement bancaire des cheffes d’entreprises de TPE : peut-on établir le même diagnostic que BPI France s’agissant des plus grandes entreprises, à savoir une plus grande prudence de gestion des femmes ?
Cette note a été formalisée à partir de données publiques et des travaux d’enquête menés par l’U2P auprès des TPE relevant de son champ professionnel (artisanat, commerce de détail indépendant, hôtellerie-restauration, professions libérales) :
- Enquête sur les pratiques et besoins de financement des entreprises de proximité : Echantillon : 2926 chefs d’entreprise, dont 1411 cheffes d’entreprise – Décembre 2024
- Enquête sur la vie des chef(fe)s d’entreprise de proximité – Echantillon : 2011 chefs d’entreprise, dont 951 cheffes d’entreprise), janvier 2025
Le périmètre est le champ professionnel de l’U2P : il regroupe les entreprises artisanales, le commerce alimentaire de détail, l’hôtellerie-restauration et les professions libérales, à savoir principalement des TPE de moins de 20 salariés, dont deux-tiers non employeuses.
Des cheffes d’entreprise de plus en plus nombreuses dans le monde des TPE de proximité
Le développement des entreprises pilotées par des femmes est un enjeu économique dans les secteurs de proximité qui regroupent une grande partie des cheffes d’entreprise. Dans ces secteurs, 42% des entreprises sont en effet gérées par des femmes. C’est un taux plus élevé que parmi les entreprises de plus de 10 salariés (22%).
Par ailleurs, ce chiffre progresse (la part était de 38% en 2017), le travail indépendant étant de plus en plus attractif pour les femmes. Elles sont d’ailleurs plus nombreuses que les hommes à s’installer à leur compte par rejet du salariat.
La féminisation de la fonction est très avancée :
- dans les activités du champ libéral (les femmes sont majoritaires parmi les indépendants du secteur de la santé et du droit)
- et dans certaines activités de l’artisanat des services et de fabrication.
Elle progresse dans l’artisanat et le commerce de l’alimentation. Un seul secteur « résiste » à cette féminisation, celui de l’artisanat du BTP.

Les femmes pilotent des entreprises plus petites et ont des revenus indépendants inférieurs à ceux des hommes
La principale caractéristique des entreprises pilotées par les femmes est leur taille plus petite, quelles que soient les familles d’activité.
Cette caractéristique conduit à des choix de formes juridiques différents. Les femmes font ainsi plus souvent le choix de la micro-entreprise que les hommes et elles sont plus rarement à la tête de sociétés.

Une autre caractéristique des indépendantes cheffes d’entreprise est leur niveau de revenus. Ce dernier est inférieur de 20% au minimum à celui des hommes, quels que soient le secteur et le régime fiscal choisi. Les femmes dégagent des revenus inférieurs de leur activité indépendante, ce qui peut être lié à la taille de l’entreprise.
Une ambition entrepreneuriale plus mesurée
La taille et le projet de développement de l’entreprise sont plus restreintes dès la création : plus de micro-entreprises, moins de moyens financiers sont injectés. 43% des entrepreneures au féminin s’installent sans moyen financier. C’est plus que les hommes (35%). Selon l’enquête INSEE/SINE 2022, elles sont également deux fois moins nombreuses à réaliser une mise de fonds supérieure à 16000 euros : 7% contre 13%.
Ce moindre investissement dans l’activité peut provenir d’une ambition plus mesurée et d’un rapport à l’argent différent.
Si les principales motivations (indépendance/passion pour un métier) sont partagées avec les hommes, l’analyse des motivations entrepreneuriales montre ainsi que les cheffes d’entreprise donnent plus d’importance au besoin d’accomplissement que les hommes. Elles accordent en revanche moins de priorité au goût d’entreprendre et à l’envie d’augmenter leurs revenus.
Un autre facteur à investiguer pourrait être un niveau d’épargne inférieur à celui des hommes (voir à ce sujet l’étude l’étude du Cercle de l’épargne, S. Le Gouez, Épargne : quels enjeux pour les femmes ?, 5 mars 2026, 8 pages).

Un niveau de formation plus poussé
Le manque d’ambition et le moindre développement des entreprises ne s’explique pas par un déficit de compétence professionnelle. Selon les données recueillies par l’U2P et l’ISM et celles de l’INSEE (SINE 2022), rien n’indique que les femmes cheffes d’entreprises soient moins compétentes, bien au contraire. Elles sont en effet plus diplômées que les hommes dans le métier de leur entreprise, cela quelle que soit la famille d’activité (y compris dans les secteurs de l’artisanat où les femmes sont moins représentées). L’écart de diplôme H/F tend d’ailleurs à se creuser dans le temps au bénéfice des femmes.
Cette caractéristique semble se poursuivre tout au long de leur vie de cheffe d’entreprise, les femmes suivant plus de formations continues que les hommes.

Concernant la gestion des finances de l’entreprise, 19% des cheffes d’entreprise interrogées déclarent que c’est un point faible (16% des hommes). Mais c’est aussi un point fort pour 33% d’entre elles (30% des hommes) ! Les travaux U2P/ISM ne mettent donc pas en évidence un déficit de compétences des femmes dirigeantes en matière de gestion financière.
Les problèmes de financement ne sont pas liés au genre du chef d’entreprise
Les études menées par l’U2P et l’ISM ne montrent pas de difficulté d’accès au financement supérieure pour les femmes.
Le manque de financement reste certes le principal frein à la création d’entreprise, mais cela est vrai également pour les hommes.
De même, la phase d’installation passée, les cheffes d’entreprise ne rencontrent pas plus de difficultés de financement que les hommes pour développer leur entreprise (14% versus 16%).
Elles sont plus nombreuses en revanche :
- à citer des difficultés dans le développement commercial de leur entreprise, ce qui peut être corrélé avec la forte proportion de micro-entrepreneures.
- à ne pas vouloir se développer (26% versus 22%).

Enfin, selon les études U2P/ISM, le taux d’accès au financement bancaire est identique pour les femmes et les hommes.
Lorsqu’une demande de prêt bancaire est formulée, les résultats montrent une égalité dans l’accès au crédit bancaire :
- Pour les prêts de trésorerie : 74% des demandes de prêts formulées par des hommes et 76% des femmes l’ont obtenu en totalité
- Pour les prêts d’investissement : 88% des hommes et 86% des femmes ont obtenu leur prêt en totalité.
En matière de financement, ce qui caractérise les femmes est plutôt leur moindre appel au financement bancaire, sans doute parce que leurs besoins sont plus limités, mais aussi en raison d’une plus grande défiance vis-à-vis de l’endettement. Les femmes sont ainsi plus nombreuses à autofinancer leurs investissements. Ce comportement est d’ailleurs confirmé par une étude publiée dernièrement par la Banque de France.

Des chefs d’entreprise comme les autres, mais avec moins de confiance en soi et plus de priorité accordée à la conciliation avec la vie personnelle
Les travaux montrent donc une convergence dans les difficultés rencontrées par les femmes et les hommes dans la gestion de leur activité indépendante.
Quatre points forts sont partagés avec leurs congénères hommes : l’organisation du temps, la prise de décision, l’optimisme et la gestion des finances. Les femmes valorisent également leur capacité d’adaptation, les hommes leur sens stratégique.
Concernant les points faibles, les femmes mettent néanmoins plus en avant le manque d’esprit de compétition et de prise de risques. Les différences constatées dans le développement des entreprises semblent donc provenir d’une auto-censure des femmes dans leur ambition entrepreneuriale.
Un autre facteur mis en avant par les travaux de l’U2P et de l’ISM est la plus grande importance données par les femmes à la conciliation avec leur vie personnelle, qui se manifeste notamment par une moindre implication temps dans l’activité indépendante :
- 30% des femmes travaillent ainsi « a temps partiel » (moins de 39 heures par semaine), contre 10% des hommes.
- Les ¾ aménagent leurs horaires (55% des hommes).
- 38% veulent rester à leur compte pour être plus libres au niveau de leurs horaires (26% des hommes).
Le différentiel de revenus peut sans doute s’expliquer en partie par ce moindre investissement temps donné à l’activité.
En conclusion, les caractéristiques relevées par des travaux d’étude sur les PMI/ETI (ex : BPI/Le Lab : concluant au « style de gestion plus prudent des dirigeantes » ) semblent s’appliquer aux TPE. Quant au moindre développement des entreprises pilotées par les femmes, il peut être délibéré, en raison d’une priorité supérieure donnée par les cheffes d’entreprise à la conciliation avec leur vie personnelle et familiale.





