LU POUR VOUS
« S’insérer dans un monde instable : le diplôme reste une valeur sûre », Céreq Bref n°487-488, Juillet 2026.
Méthodologie
Ce numéro de Céreq Bref s’appuie sur l’enquête Génération 2021, qui observe le parcours des jeunes sortis du système éducatif en 2021. Les résultats présentés correspondent au suivi réalisé en 2024, trois ans après leur sortie de formation. L’enquête permet d’analyser l’entrée dans la vie active de ces jeunes (31 000 jeunes ont été interrogés entre septembre 2024 et janvier 2025), en comparant la situation selon le niveau de diplôme et les conditions dans lesquelles cet emploi a été obtenu.
Afin de pouvoir comparer les résultats dans le temps, cette étude prend également en compte les interrogations à trois ans des enquêtes Génération 2004, 2007, 2010, 2013, 2017.
Cette étude, donne une lecture assez fine des débuts de carrière. Elle montre que, même dans un contexte instable, les écarts entre diplômés et non-diplômés restent marqués, ce qui confirme le rôle central du diplôme dans l’insertion professionnelle. La hiérarchie entre diplômes reste stable au fil des générations : les jeunes sans diplôme restent les plus éloignés de l’accès à l’emploi.
=> La Génération 2021 bénéficie d’abord du rebond du marché de l’emploi en sortie de crise sanitaire
La Génération 2021 a débuté sa vie active dans un contexte atypique, entre crise sanitaire, reprise économique chaotique et inflation. Leur dernière année de formation s’est déroulée dans un environnement scolaire profondément perturbé par la crise sanitaire, avec l’enseignement à distance, un isolement accru et des difficultés pour exercer une activité rémunérée. Dans le supérieur, cette période a aussi pesé sur les conditions de vie et la santé mentale des étudiants. Dans le secondaire, elle a en outre coïncidé avec la mise en place du nouveau baccalauréat général.
Malgré cela, ces jeunes ont commencé leur parcours professionnel dans une conjoncture exceptionnelle, en raison du rebond économique observé sur le marché du travail en 2021. C’est pourquoi les premiers indicateurs d’entrée sur le marché du travail restent globalement favorables, avec un revenu d’entrée en hausse, davantage de jeunes en emploi et moins de chômage. Le premier revenu perçu à la sortie des études progresse de 11% en euros constants par rapport à la génération précédente (2017). L’accès à l’emploi est également en hausse : trois ans après la fin des études, 74% des jeunes de la Génération 2021 sont en emploi, un niveau inédit depuis la cohorte sortie en 2004. Dans le même temps, le chômage recule à 16%.
La situation s’est cependant dégradée à partir de l’été 2023, suite aux conséquences de la guerre en Ukraine et du choc énergétique : le chômage cesse alors de baisser, l’emploi stagne puis recule, et les débuts de carrière deviennent plus fragiles jusqu’à l’automne 2024.
=> Les répercussions de la crise énergétique ont dégradé l’accès à l’emploi à partir de 2023
Le repli conjoncturel a fortement dégradé la qualité des emplois dès 2023. Après une période de progression du CDI et de recul du CDD, la tendance s’est inversée, si bien qu’après trois ans de vie active, seuls 64% des jeunes en emploi occupent un poste à durée indéterminée, soit une baisse de -9% par rapport à la Génération 2017.
Ces évolutions touchent l’ensemble des niveaux de diplôme, mais les écarts d’insertion restent très marqués. La situation des non-diplômés demeure la plus difficile, avec un chômage élevé, un accès limité à l’emploi stable et des revenus très faibles au premier poste. Plus généralement, le texte souligne que le diplôme continue de jouer un rôle protecteur, tout en posant la question de sa valeur réelle dans un contexte économique instable.
=> Hausse du niveau d’études : 1/4 des jeunes désormais diplômé du supérieur long
En vingt ans de cohorte Génération, le niveau de diplôme à la sortie du système éducatif s’est nettement élevé, sous l’effet d’une forte expansion scolaire, particulièrement marquée dans les années 2010. En 2021, près d’un jeune sur quatre sort de formation avec un diplôme du supérieur long, contre un peu plus d’un sur dix en 2004.
Cette massification ne signifie pas pour autant une démocratisation complète des études supérieures : les écarts selon l’origine sociale restent très forts, avec des chances d’accès au supérieur long bien plus élevées pour les jeunes issus de milieux favorisés. Les différences entre femmes et hommes se sont, en revanche, inversées au fil du temps : les femmes sont désormais plus nombreuses à obtenir un diplôme du supérieur long que les hommes (respectivement 27% contre 21% pour la Génération 2021).
Plus haut diplôme des sortants du système éducatif (comparaison sur vingt ans)

=> La valeur des diplômes se confirme en matière de salaire, d’accès et de stabilité dans l’emploi. Mais le déclassement progresse pour les sortants du secondaire et du supérieur court
Entre 2004 et 2024, la valeur des diplômes reste globalement visible à travers quatre indicateurs :
– le revenu au premier emploi. Il est d’abord resté assez stable avant de progresser nettement entre les générations 2017 et 2021. La hiérarchie des rémunérations selon le niveau de diplôme n’a, elle, guère changé : plus les années d’études sont longues, plus le revenu d’embauche tend à être élevé.
– le chômage après trois ans. Le taux de chômage a d’abord fortement augmenté au début de la période, puis s’est stabilisé ou a reculé par la suite. Il reste, sur l’ensemble des cohortes, nettement plus faible pour les diplômés du supérieur que pour les sortants de l’enseignement secondaire. Les écarts entre niveaux de diplôme demeurent marqués, même si le contexte conjoncturel a parfois modifié leur ampleur.
– l’accès à l’emploi stable a connu deux phases. Il a d’abord diminué pour les premières cohortes, surtout chez les moins diplômés, avant de remonter pour la Génération 2017 puis de redescendre pour la Génération 2021. Dans l’ensemble, les chances d’obtenir un emploi à durée indéterminée augmentent avec le niveau de diplôme, mais cette progression n’est pas uniforme selon les filières.
– le déclassement. Le déclassement progresse globalement entre la Génération 2004 et la Génération 2021, mais cette hausse n’est pas linéaire. Il augmente d’abord jusqu’aux cohortes 2013, puis ralentit, stagne et recule même pour les diplômés du supérieur long. En revanche, la situation est moins favorable pour les diplômés du supérieur court et pour les sortants de niveau secondaire, dont le déclassement stagne ou augmente plus récemment.
Le déclassement
Le déclassement est ici mesuré selon une approche normative : un jeune est considéré comme déclassé lorsque son niveau d’emploi est jugé inférieur à ce qui est normalement attendu au regard de son diplôme. Concrètement, cela concerne les diplômés de CAP-BEP et les bacheliers employés ou ouvriers peu qualifiés, les diplômés de bac +2 à bac +4 qui n’occupent pas un poste de cadre, de profession intermédiaire ou de chef d’entreprise, ainsi que les diplômés de bac +5 ou plus qui n’accèdent pas à un poste de cadre ou de chef d’entreprise. Les jeunes sans diplôme ne peuvent pas être considérés comme déclassés.
« S’insérer dans un monde instable : le diplôme reste une valeur sûre », Céreq Bref n°487-488, Juillet 2026.
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Article rédigé par Mylène Reboul-Salze, Institut Supérieur des Métiers
